ALGER — Les relations entre la France et l'Algérie ont amorcé, au cours du premier semestre 2026, une phase de reprise après près de dix-huit mois de rupture des canaux politiques. L'entretien entre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et son homologue algérien Ahmed Attaf, en mars 2026, a été présenté par les deux capitales comme le point de sortie officiel d'une crise ouverte à l'été 2024 autour du dossier saharien et de plusieurs affaires judiciaires bilatérales.
Une séquence de visites soigneusement calibrée
Le retour au dialogue s'est traduit par une succession de déplacements à Alger. L'ancienne ministre Ségolène Royal a effectué une visite le 16 février 2026, suivie début mai par la ministre française des Armées Alice Rufo, puis par le garde des Sceaux Gérald Darmanin. En juin, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a reçu à Paris son homologue algérien Saïd Sayoud pour une réunion de travail, la deuxième en six mois.
L'ambassadeur français Stéphane Romatet, rappelé à Paris en avril 2025, a réintégré son poste le 8 mai 2026. Le même jour, à Sétif, la ministre des Armées déposait une gerbe aux côtés de son homologue algérien devant le mémorial des massacres du 8 mai 1945, geste que les deux gouvernements ont interprété comme l'expression d'une volonté d'aborder les dossiers de mémoire dans un cadre bilatéral maîtrisé.
Sécurité, migration, économie : les dossiers réactivés
La reprise du dialogue s'est accompagnée de la réactivation de plusieurs mécanismes institutionnels : coopération anti-terroriste, échanges entre police et gendarmerie, création d'un poste d'attaché de sécurité intérieure à l'ambassade de France à Alger. L'accord franco-algérien de 1968, qui régit les conditions de séjour des ressortissants algériens en France, reste l'un des points les plus sensibles : Paris souhaite le faire « évoluer », Alger veut préserver son architecture générale.
Sur le plan économique, les échanges entre les deux pays s'établissent autour de 12 milliards de dollars par an, portés par les hydrocarbures, l'agroalimentaire et l'automobile. Les entreprises françaises restent parmi les principaux investisseurs étrangers en Algérie, malgré la montée en puissance des acteurs chinois et turcs.
Des lignes rouges qui subsistent
La séquence positive ne clôt pas pour autant les dossiers de fond. La reconnaissance par Paris, en juillet 2024, du plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental reste perçue à Alger comme un tournant durable dans le positionnement français au Maghreb. Le dossier mémoriel, les archives coloniales et le sort de plusieurs binationaux détenus continuent d'alimenter des tensions ponctuelles.
Un rapprochement conditionnel
Selon plusieurs sources diplomatiques citées par les médias des deux pays, la reprise obéit à une logique d'intérêts partagés : gestion des flux migratoires en Méditerranée occidentale, sécurité au Sahel, sécurisation des approvisionnements gaziers de l'Europe du Sud. La normalisation reste toutefois qualifiée de « progressive et conditionnelle » par les diplomates concernés, dans un contexte politique intérieur français incertain à l'approche de la présidentielle de 2027.
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