ALGER — L'écart persistant entre le taux de change officiel du dinar algérien et celui pratiqué sur le marché parallèle, familièrement dénommé « square Port-Saïd » du nom d'une place algéroise emblématique, est devenu l'un des indicateurs les plus commentés de l'économie du pays. Au 8 mai 2026, la Banque d'Algérie affichait l'euro à 155,25 dinars à la vente, tandis qu'au 13 mai, les cambistes informels traitaient la même devise autour de 280 dinars.
Une stabilité relative du parallèle
Fin avril et début mai 2026, le cours de l'euro sur le marché noir a oscillé dans une fourchette étroite comprise entre 279 et 280 dinars. Le dollar américain, lui, s'échangeait autour de 240 dinars. Cette période de stabilité tranche avec les fluctuations plus marquées observées au premier trimestre, lorsque le cours avait ponctuellement franchi la barre des 285 dinars pour un euro.
Les cambistes attribuent ce plateau à la conjonction de plusieurs facteurs : une demande de devises en léger repli avant le pic saisonnier de l'été, un afflux modéré de transferts de la diaspora et l'anticipation d'un allégement partiel des restrictions sur l'allocation touristique.
Un écart structurel de plus de 120 dinars
Rapporté à l'euro, l'écart entre les deux compartiments dépasse les 120 dinars, soit une prime de plus de 80 % par rapport au taux officiel. Ce différentiel, l'un des plus élevés d'Afrique du Nord, traduit à la fois la rigidité du régime de change administré et la faiblesse structurelle de l'offre officielle de devises pour les particuliers.
L'allocation annuelle pour voyage à l'étranger reste plafonnée à un niveau largement inférieur aux besoins des ménages, ce qui alimente mécaniquement la demande sur le marché parallèle, en particulier avant les périodes de pèlerinage, d'études à l'étranger ou de vacances estivales.
Une transmission limitée à l'inflation
La compartimentation entre l'économie officielle, largement adossée au taux administré, et l'économie transactionnelle privée, indexée sur le parallèle, limite pour l'instant la transmission de l'écart à l'inflation générale, revenue autour de 4 % sur un an au printemps 2026. Les produits importés, notamment l'électronique et l'automobile d'occasion, restent en revanche particulièrement sensibles au cours du square.
Les scénarios de convergence
Aucune décision officielle de convergence ou de dévaluation graduée n'est à l'agenda public. Plusieurs économistes plaident pour une libéralisation partielle assortie d'une hausse de l'allocation touristique et d'un élargissement des bureaux de change agréés, seule voie selon eux pour absorber structurellement le différentiel. Le maintien du dispositif actuel devrait, en revanche, ancrer durablement le marché parallèle comme deuxième référence de fait pour la formation des prix.
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