Marnia, aux confins du Maroc
Ahmed Ben Bella naît le 25 décembre 1916 à Marnia, aujourd'hui Maghnia, ville frontalière à quelques kilomètres du Maroc. Sa famille est de condition paysanne modeste, d'origine marocaine par son père. Il perd très jeune trois de ses six frères — sa mère y voit un signe. Élevé dans la piété soufie, il fréquente l'école coranique du village avant d'être inscrit à l'école française.
Adolescent turbulent mais brillant, il montre un tempérament sportif exceptionnel — footballeur redouté, il est repéré par l'Olympique de Marseille en 1939, offre qu'il décline.
Les tirailleurs et la guerre
Engagé volontaire dans l'armée française en 1937, il est affecté au 141e Régiment d'infanterie alpine. Il combat sur le front italien pendant la campagne 1943-1944 comme sergent-chef, gagne la Médaille militaire, la Croix de guerre avec quatre citations. Le général de Gaulle lui remet personnellement sa Médaille.
Démobilisé en 1945, il revient à Marnia avec le grade d'adjudant. Il candidate aux élections municipales, remporte plus de voix qu'aucun autre candidat, mais les résultats sont truqués par l'administration. Cette expérience de la hogra le radicalise.
Le PPA-MTLD et l'Organisation Spéciale
Il adhère au PPA de Messali Hadj en 1946. En 1947, il devient l'un des cadres de l'Organisation Spéciale (OS), la branche paramilitaire clandestine. Il organise l'attaque spectaculaire de la Grande Poste d'Oran en avril 1949, qui rapporte 3 175 000 francs à l'organisation. Repéré en 1950, arrêté à Alger, il s'évade spectaculairement de la prison de Blida en mars 1952 en sciant les barreaux avec ses codétenus.
Réfugié au Caire, il rejoint le noyau dur qui prépare l'insurrection : Boudiaf, Khider, Aït Ahmed et lui-même deviennent la « délégation extérieure » du futur FLN.
Le Groupe des 22 et le 1er novembre 1954
De Nasser il obtient armes et argent. Il fait partie du Groupe des 22 de juin 1954 qui décide de la lutte armée. Il n'est pas physiquement présent lors de la Toussaint rouge — il coordonne depuis Le Caire les livraisons d'armes par la Libye.
Le détournement d'octobre 1956
Le 22 octobre 1956, la France détourne son avion de ligne marocain reliant Rabat à Tunis. Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf, Khider et Lacheraf sont arrêtés à Alger. C'est le premier acte de piraterie aérienne de l'histoire pratiquée par un État — un scandale international. Ils resteront prisonniers cinq ans et huit mois, transférés dans les prisons de la Santé, de Fresnes, à l'île d'Aix.
De sa cellule, Ben Bella suit à distance l'affrontement avec Abane et les colonels. Le 19 mars 1962, jour du cessez-le-feu, il n'est toujours pas libre.
Président de l'Algérie (1963-1965)
Libéré le 20 mars 1962, il rentre triomphalement en Algérie fin juin. Après une lutte politique féroce avec le GPRA, il s'impose comme président grâce au soutien décisif du colonel Houari Boumediene et de l'armée des frontières. Le 25 septembre 1962, il est nommé chef du gouvernement provisoire ; le 15 septembre 1963, il est élu président de la République à 99,6 % des voix (candidat unique).
Son mandat est marqué par : nationalisations, autogestion agraire, création de l'Union nationale des étudiants algériens (UNEA), reconnaissance de la République populaire de Chine, accueil de Che Guevara et Nelson Mandela à Alger. Mais aussi centralisation autoritaire, culte de la personnalité, exclusion des cadres jugés « déviants ».
« Vive l'Algérie arabe et musulmane. »
Le coup de Boumediene (19 juin 1965)
À l'aube du 19 juin 1965, alors qu'il dort dans sa villa Joly des hauteurs d'Alger, il est arrêté par ses propres troupes sur ordre de Boumediene. Emprisonné secrètement à M'Sila puis à El Golea en plein Sahara, il ne verra la lumière du jour que quinze ans plus tard.
Quinze ans de captivité (1965-1980)
Le président Chadli Bendjedid le libère le 30 octobre 1980. Il vit d'abord en résidence surveillée à Ténès, puis s'exile en Suisse en 1981, épouse la journaliste Zohra Sellami, milite pour les droits palestiniens.
Retour et dernières années
Il rentre définitivement en Algérie en 1990, fonde le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA), mais reste marginal. Dans les années 2000, il devient une figure morale respectée. Il assiste aux funérailles de Yasser Arafat en 2004, dépose des courriers ouverts contre l'invasion américaine de l'Irak.
Mort et hommages
Il meurt à quatre-vingt-quinze ans, le 11 avril 2012, à son domicile d'Alger. Le président Bouteflika décrète huit jours de deuil national — un record. Il est inhumé au carré des Martyrs du cimetière d'El Alia. L'aéroport international d'Oran porte désormais son nom.