Enfance à Aïn M'lila
Mohamed Larbi Ben M'hidi naît en 1923 (certains registres avancent 1926) dans le douar Kouahi, près d'Aïn M'lila, dans la région constantinoise. Fils d'un petit propriétaire terrien, il grandit dans une Algérie rurale où l'ordre colonial impose partout ses hiérarchies : école séparée, propriété expropriée, corvées de reboisement.
Élève brillant à l'école indigène puis au collège de Batna, il découvre à l'adolescence les écrits de Ferhat Abbas et de Messali Hadj. Dès seize ans, il rejoint les Scouts musulmans algériens, école de discipline et de conscience nationale où se forme toute une génération de futurs cadres du nationalisme.
La formation militante
En 1942, il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA), clandestin depuis son interdiction par Vichy. Le massacre de Sétif, Guelma et Kherrata, les 8 et 9 mai 1945, où des dizaines de milliers d'Algériens sont tués en représailles à des manifestations réprimées, achève de le radicaliser. Il a vingt-deux ans.
Cadre du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), il devient en 1947 membre de l'Organisation Spéciale (OS), la branche paramilitaire clandestine créée par Hocine Aït Ahmed et Mohamed Belouizdad. Repéré, arrêté, il est emprisonné à Bel Abbès en 1950, torturé, puis relâché.
Le Groupe des 22 et la Toussaint rouge
Le 25 juin 1954, dans un domicile discret d'Alger, se réunissent les vingt-deux militants qui vont décider du déclenchement de la lutte armée. Ben M'hidi y participe. Le 10 octobre 1954, le Comité des Six (Ben Boulaïd, Ben M'hidi, Bitat, Boudiaf, Didouche, Krim) fixe la date de l'insurrection : la nuit du 31 octobre au 1er novembre.
La Toussaint rouge du 1er novembre 1954, avec ses trente attaques simultanées à travers l'Algérie, marque la naissance du FLN. Ben M'hidi commande la Wilaya V (Oranie), la région la plus difficile à mettre en marche.
La Soummam et la Bataille d'Alger
Le 20 août 1956, il participe au Congrès de la Soummam, réunion clandestine dans les gorges d'Ifri (Kabylie) qui fonde politiquement la révolution. Il y est élu au Comité de Coordination et d'Exécution (CCE), plus haute instance du FLN.
Nommé responsable de la Zone Autonome d'Alger, il rejoint la Casbah et coordonne, avec Yacef Saâdi, Ali La Pointe et les militantes Djamila Bouhired, Zohra Drif et Hassiba Ben Bouali, la campagne d'attentats urbains qui va secouer le monde. Face à la répression du général Massu et à la 10e Division parachutiste de Bigeard, il incarne l'esprit politique et intellectuel de la lutte.
« Donnez-nous vos avions, nous vous donnerons nos couffins. Jetez notre bombe dans vos paniers vides et donnez-nous vos avions. »
Arrestation et assassinat
Le 23 février 1957, il est arrêté dans un immeuble de la rue Debussy, dénoncé, épuisé par des semaines de traque. Transféré au poste de commandement du 3e Régiment de Parachutistes Coloniaux (3e RPC), il est présenté, menottes aux poings, à la presse : une image de dignité qui fait le tour du monde.
Pendant onze jours, il est interrogé, torturé, sans jamais parler. Dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, il est transféré dans une ferme isolée d'Ouled Fayet et pendu par des parachutistes du général Aussaresses. Sa mort est officiellement présentée comme un suicide.
Vérité et postérité
Il faudra attendre 2000 pour que le général Paul Aussaresses avoue publiquement, dans son livre Services spéciaux — Algérie 1955-1957, avoir personnellement organisé l'exécution. Le scandale éclate en France : les partisans de la torture assument, les autres s'indignent.
Le nom de Larbi Ben M'hidi est aujourd'hui gravé partout en Algérie : l'aéroport de Constantine, une école militaire à Cherchell, le boulevard de la Basse-Casbah, d'innombrables places, écoles et lycées. Sa figure incarne le militant à la fois lettré et combattant, refusant la vengeance mais assumant le sacrifice.
Un héritage vivant
Le film La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo (1966), lauréat du Lion d'or à Venise, immortalise son visage — joué par Jean Martin dans le rôle de « Ben M'hidi » —, notamment la scène célèbre de la conférence de presse. À travers cette image, un homme jeune, calme, souriant, répondant sereinement aux journalistes, la révolution algérienne trouve son emblème universel.