De Miliana à la Casbah
Ali Ammar, dit Ali La Pointe, naît le 14 mai 1930 à Miliana, dans la région du Dahra. Fils d'un père paysan pauvre, il perd sa scolarité tôt, enchaîne les petits métiers puis descend à Alger où il survit dans les ruelles de la Casbah. Cireur de chaussures, boxeur amateur, souteneur, il traîne dans les bars du bas quartier. Sa réputation de bagarreur invétéré lui vaut le surnom qui l'accompagnera dans l'Histoire. Arrêté plusieurs fois, il purge des peines de droit commun à la prison Barberousse.
La conversion en prison
C'est derrière les murs de Barberousse, en 1955, qu'il assiste à l'exécution des militants nationalistes Zabana et Ferradj. Le choc est déterminant. Le petit truand disparaît, un combattant naît. À sa sortie, il jure de laver son passé dans la lutte et prend contact avec le FLN. Yacef Saâdi, chef de la Zone Autonome d'Alger, le recrute et fait de lui son adjoint le plus rapproché.
La Bataille d'Alger
De septembre 1956 à octobre 1957, Ali La Pointe devient l'un des principaux artisans de la lutte urbaine contre les paras du général Massu. Il participe à la pose des bombes du Milk Bar, de la Cafétéria et de l'Otomatic, sous la direction de Yacef Saâdi. Sa connaissance intime de la Casbah — ses toits, ses caves, ses passages secrets — en fait un fantôme insaisissable. Frantz Fanon, médecin-psychiatre à Blida, écrit à cette époque sur les traumatismes de la violence coloniale que ces jeunes combattants incarnent jusque dans leur chair.
« Je ne me rendrai pas. Je préfère sauter. »
— Ali La Pointe, ultime message aux paras, 8 octobre 1957
La rue des Abderrames
Après l'arrestation de Yacef Saâdi le 24 septembre 1957, Ali La Pointe est le dernier chef en fuite. Traqué pendant deux semaines, il est repéré dans une cache du 5, rue des Abderrames, en plein cœur de la Casbah. Avec lui : le petit Omar, douze ans, Hassiba Ben Bouali, jeune militante, et Bouhamidi. Le 8 octobre 1957, refusant de se rendre, il déclenche la charge d'explosifs cachée dans la cache. La maison explose, entraînant plusieurs immeubles alentour et une vingtaine de victimes civiles. Il a vingt-sept ans.
L'icône
La Casbah pleure ses enfants ensevelis. Un an plus tard, Frantz Fanon achèvera Les Damnés de la terre en portant témoignage de cette génération sacrifiée. En 1966, Gillo Pontecorvo lui rendra un hommage universel dans La Bataille d'Alger, film primé à Venise et longtemps interdit en France, où l'ancien voyou de Miliana devient à jamais le visage d'un combat qui a changé la face du siècle.