Origines kabyles et éveil politique
Amirouche Aït Hamouda naît le 31 octobre 1926 à Tassaft Ouguemoun, un village perché du massif du Djurdjura, en Haute Kabylie. Fils d'une famille modeste attachée à la terre et à la tradition amazighe, il grandit dans un monde où la misère coloniale se lit sur les visages. Adolescent, il quitte la Kabylie pour Relizane puis pour la France, où il exerce comme bijoutier à Paris dans les années 1940. C'est dans les cafés kabyles de la capitale qu'il entre en contact avec le mouvement nationaliste, adhérant au PPA-MTLD de Messali Hadj.
De militant à maquisard
De retour au pays en 1949, il ouvre une bijouterie à Relizane et devient responsable local de l'organisation clandestine. Repéré par les services français, arrêté puis relâché, il rejoint le maquis dès le déclenchement de l'insurrection du 1er novembre 1954. Il s'impose rapidement par son courage physique, son sens du commandement et sa dureté. Nommé responsable de la Wilaya III (Kabylie) en 1957 après le Congrès de la Soummam, il succède à Krim Belkacem à la tête d'une zone stratégique où la guerre atteint une intensité inégalée.
Le colonel de la Wilaya III
Sous son commandement, la Kabylie devient l'un des foyers les plus actifs de la révolution. Il structure les maquis en katibas disciplinées, impose un règlement de fer, multiplie les embuscades contre les colonnes françaises. Mais il traverse aussi l'épisode tragique de la « bleuite », intoxication montée par les services du capitaine Léger qui lui fait soupçonner et éliminer des centaines de ses propres hommes, notamment des étudiants venus de la ville. Ce drame pèsera lourdement sur sa mémoire.
« Nous préférons mourir debout que vivre à genoux. »
— Amirouche Aït Hamouda, à ses hommes de la Wilaya III
La mort au Djebel Thameur
En mars 1959, alors qu'il tente de rejoindre Tunis avec le colonel Si El Haouès pour rencontrer le GPRA, sa colonne est repérée par l'aviation française dans la région du Djebel Thameur, au sud de Bou Saâda. Le 28 mars 1959, encerclé après un long accrochage, Amirouche tombe les armes à la main, à trente-deux ans. Sa dépouille est exhibée par l'armée française puis dissimulée durant des années dans les sous-sols d'une caserne à Alger.
Postérité et mythe
Restitué en 1984, son corps sera à nouveau au centre d'une controverse mémorielle, révélant les tensions entre pouvoir central et Kabylie. Amirouche demeure aujourd'hui l'une des figures les plus vénérées du panthéon algérien : un chef intransigeant, un combattant absolu, dont le nom résonne encore dans chaque village de Kabylie comme celui d'un frère tombé pour que le drapeau soit levé.