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Portrait de Assia Djebar

Photo : Assia Djebar — Wikimedia Commons

Assia Djebar

Écrivaine, historienne et cinéaste, première Algérienne élue à l'Académie française en 2005. Son œuvre explore la voix des femmes musulmanes et la mémoire de la colonisation.

1936
Annee de naissance
Cherchell / Paris
Algérie / France
Cherchell
Region d'origine
7
Lectures
Le portrait

Trajectoire

Origines à Cherchell

Fatima-Zohra Imalayène — son nom véritable — naît le 30 juin 1936 à Cherchell, ancienne Iol Caesarea des Numides, sur la côte algéroise. Son père, Tahar Imalayène, est instituteur de l'école française, chose rare pour un musulman à cette époque. Sa mère, Bahia Sahraoui, appartient à une famille berbère du Dahra. La fillette, choyée, apprend à lire aussi bien le français chez son père que l'arabe classique et la daridja auprès des femmes de la maison.

Élève au collège colonial de Blida, elle vit dans deux mondes : celui, feutré, de la culture française, et celui, chuchoté, des hammams et des cours intérieures où les femmes parlent librement, chantent, dansent. Cette dualité deviendra l'obsession de son œuvre.

La percée à l'ENS Sèvres

En 1954, elle obtient le baccalauréat avec mention. Un an plus tard, en 1955, elle devient la première femme algérienne musulmane admise à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres. À dix-neuf ans, elle prend le pseudonyme d'Assia Djebar : Assia (« consolation » en arabe) et Djebar (« intransigeance divine »).

La guerre d'Algérie éclate. Elle participe activement à la grève des étudiants algériens décrétée par l'UGEMA en mai 1956. Elle est renvoyée de Sèvres, se réfugie à Tunis, puis à Rabat, où elle enseigne à l'université Mohammed-V. Elle épouse le militant FLN Ahmed Ould-Rouis.

Les premiers romans

À vingt ans, elle publie chez Julliard La Soif (1957), portrait cru d'une jeunesse bourgeoise algéroise, qui scandalise autant qu'il séduit. Suivent Les Impatients (1958), Les Enfants du nouveau monde (1962), roman des femmes dans la guerre, puis Les Alouettes naïves (1967). Chaque livre creuse la même question : comment libérer la voix des femmes musulmanes, prisonnières des murs et du silence ?

Après l'indépendance, elle enseigne l'histoire moderne à l'université d'Alger, puis se réfugie dans le silence littéraire pendant plus d'une décennie, jugeant que le roman francophone est en rupture avec la nation en construction.

Le détour par le cinéma

Elle apprend l'arabe classique, se plonge dans l'histoire du Maghreb, et invente une nouvelle voie : le cinéma. En 1978, elle réalise La Nouba des femmes du mont Chenoua, film-poème tourné dans le massif kabyle, qui donne la parole aux paysannes ayant survécu à la guerre. Le film remporte le Prix international de la critique à la Mostra de Venise 1979 — reconnaissance rare pour une œuvre arabe et féminine.

Elle réalise en 1982 La Zerda ou les chants de l'oubli, essai visuel sur les archives coloniales.

Le retour au roman : le quatuor algérien

Rompant vingt ans de silence, elle publie en 1985 L'Amour, la fantasia (éditions Jean-Claude Lattès), premier volet d'un quatuor qu'elle appelle son « quatuor algérien ». Le livre tresse récits d'enfance et documents de la conquête française de 1830 — depuis les grottes enfumées de l'expédition Pélissier au Dahra jusqu'aux voix des femmes contemporaines.

Suivent Ombre sultane (1987), Loin de Médine (1991) — méditation sur les femmes autour du Prophète, et Vaste est la prison (1995).

La décennie noire et le deuil

La décennie noire algérienne (1991-2002) la bouleverse. Ses amis intellectuels — Tahar Djaout, Abdelkader Alloula, M'hamed Boukhobza — sont assassinés par les groupes islamistes. Elle publie Le Blanc de l'Algérie (1996), texte de deuil et de refus, où elle nomme un par un ses proches disparus.

« Écrire, pour moi, c'est éclairer ma part d'ombre. »

Elle enseigne alors à Bâton Rouge (Louisiana State University) puis à New York University, où elle occupe une chaire de littérature francophone jusqu'en 2013.

L'Académie française

Le 16 juin 2005, elle est élue au fauteuil numéro 5 de l'Académie française, succédant à Georges Vedel. Elle est la première Algérienne, la première Maghrébine, et la cinquième femme jamais élue sous la Coupole. Son discours de réception, le 22 juin 2006, rend hommage à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.

Elle a auparavant reçu le Prix international de la Paix des libraires allemands (2000) à la Foire du livre de Francfort, distinction rare pour une œuvre francophone.

Œuvres et traductions

  • La Soif (1957), Julliard
  • Les Enfants du nouveau monde (1962), Julliard
  • L'Amour, la fantasia (1985), Lattès
  • Loin de Médine (1991), Albin Michel
  • Vaste est la prison (1995), Albin Michel
  • Le Blanc de l'Algérie (1996), Albin Michel
  • La Femme sans sépulture (2002), Albin Michel
  • Nulle part dans la maison de mon père (2007), Fayard

Traduite en vingt-et-une langues, elle demeure la voix francophone maghrébine la plus lue au monde.

Mort et retour à Cherchell

Elle meurt à Paris le 6 février 2015, à l'âge de soixante-dix-huit ans, des suites d'une longue maladie. Selon sa volonté, son corps est rapatrié en Algérie ; elle est inhumée le 13 février au cimetière de Cherchell, sa ville natale, en présence d'une foule considérable. Un hommage national lui est rendu par le président Abdelaziz Bouteflika.

Origines à Cherchell Fatima-Zohra Imalayène — son nom véritable — naît le 30 juin 1936 à Cherchell, ancienne Iol Caesarea des Numides, sur la côte algéroise. Son père, Tahar Imalay...

Assia Djebar

Realisations

Ce qui l'a marque

1

Académicienne française (2005)

2

Prix international de la Paix (2000)

3

21 langues de traduction

Nous, femmes du Maghreb, prendrons parole comme si nous respirions.

— Assia Djebar