Une orpheline dans les jardins de Fort-de-l Eau
Fatma Haddad, dite Baya, nait le 12 decembre 1931 a Bordj el Kiffan (alors Fort-de-l Eau), dans la banlieue est d Alger. Orpheline de pere a cinq ans, de mere a sept, elle est recueillie par sa grand-mere, ouvriere agricole dans une ferme coloniale. Elle garde les poules, aide aux vendanges, et modele en cachette de petites figurines d argile, animaux fabuleux et femmes coiffees d oiseaux, qu elle cache dans les buissons.
La rencontre qui change tout
En 1942, Marguerite Camina Benhoura, sculptrice et intellectuelle francaise installee a Alger, l embauche comme aide-menagere. Elle decouvre les figurines, comprend le prodige, et adopte Baya. La jeune fille recoit gouaches et papier, dessine sans relache. En 1947, la galerie Aime Maeght a Paris expose ses gouaches. Andre Breton signe la preface du catalogue : un texte lyrique ou il ecrit voir en elle le retour de l age d or et le triomphe du reve pur sur la peinture savante.
Vallauris et Picasso
En 1948, Aime Maeght l invite a Vallauris. Elle y travaille aux cotes de Pablo Picasso pendant plusieurs mois, dans l atelier Madoura de Suzanne et Georges Ramie. Elle modele des ceramiques que Picasso lui-meme observe avec attention. Certains historiens de l art voient dans Les Femmes d Alger de Picasso (1955) une reponse au style de Baya. Elle refuse cependant tous les cadres : ni ecoles, ni theories, ni marchands. Elle rentre en Algerie en 1953 et epouse le musicien El Hadj Mahfoud Mahieddine.
Je peins comme je respire. Je ne pense a rien, les couleurs viennent seules et les oiseaux se posent.
Une longue eclipse et le grand retour
Pendant quinze ans, elle cesse de peindre pour elever ses six enfants. En 1963, elle reprend les pinceaux, s installe a Blida, et developpe son univers : femmes aux robes en corolle, oiseaux paons, poissons, fruits geants, palettes de rouge, jaune, vert, bleu profond. En 1963, l Union nationale des arts plastiques d Algerie organise sa premiere retrospective a Alger. Elle expose ensuite regulierement en Algerie, en France et au monde arabe.
La reine de la peinture algerienne
Elle meurt le 9 novembre 1998 a Blida a 66 ans. Son oeuvre entre au Centre Pompidou (Paris), au Guggenheim d Abou Dhabi, au Musee national des Beaux-Arts d Alger, au British Museum. En 2018, une grande retrospective a l Institut du monde arabe la consacre definitivement. Baya n a jamais quitte l Algerie apres 1953, n a jamais commente son oeuvre, n a jamais cherche a etre autre chose que Baya. Elle demeure la premiere artiste algerienne moderne reconnue internationalement, sans avoir passe une seule seance dans une ecole des beaux-arts.