Origines et enfance en Kabylie
Mohamed Khelouat, dit Cheikh El Hasnaoui, nait le 23 juillet 1910 dans le village d Ihesnawen, pres de Taougrit en Grande Kabylie. Orphelin de mere tres jeune, eleve dans un milieu rural marque par la pauvrete coloniale, il quitte l ecole francaise apres le certificat d etudes et apprend seul le mandole aupres des musiciens de passage. Adolescent, il descend a Alger ou il frequente les cafes maures de la Casbah et croise les grands du chaabi naissant.
Depart pour Paris et naissance d une voix
En 1937, comme des milliers d ouvriers kabyles, il embarque pour la France et s installe a Paris. Il chante d abord dans les cafes de la rue de la Huchette et de Barbes, tenus par des emigres. Sa premiere seance d enregistrement pour Pathe-Marconi date de 1939 : il grave ses chansons en kabyle et en arabe algerien, accompagne au mandole ou au banjo, dans un style depouille qui tranche avec l orchestration lourde de l epoque. Sa voix rauque, presque murmuree, impose immediatement une signature.
Le chantre de l exil
Pendant les annees 1940 et 1950, il enregistre plus de cent titres pour Pathe puis pour Dounia, la maison de disques qu il fonde. Ses chansons Ay ul iw (O mon coeur), El Menfi (L exile) ou Maison blanche entrent dans la memoire collective de la communaute algerienne de France. Il chante la douleur du pere reste au village, la femme aimee promise a un autre, l usine Renault, le vin qui console. El Menfi, reprise plus tard par 1, 2, 3 Soleils, devient un hymne intergenerationnel.
Chante mon coeur, chante ta peine, car nul ici ne parle ta langue.
Retrait et exil dans l exil
Au debut des annees 1960, alors que l Algerie accede a l independance et que ses cadets Idir et Ait Menguellet s appretent a prendre le relais, El Hasnaoui refuse gloire et interviews. En 1968, il quitte Paris pour La Reunion, ou il vivra reclus jusqu a sa mort, refusant tout retour au pays, meme apres l amnistie. Il repond aux journalistes par le silence et brule une partie de ses archives.
Postrite
Il s eteint le 6 juillet 2002 a Saint-Gilles-les-Bains, a 91 ans, sans avoir revu la Kabylie. Sa depouille sera transferee en 2010 dans son village natal, apres un long combat des associations culturelles. Idir, Ait Menguellet, Lounes Matoub, Takfarinas et Amazigh Kateb l ont tous cite comme maitre. Sa discographie, longtemps epuisee, a ete integralement remasterisee en 2010 par les editions Belda.