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Portrait de Ferhat Abbas

Photo : Wikimedia Commons — Domaine public

Ferhat Abbas

Pharmacien de Sétif devenu figure centrale du nationalisme algérien modéré. Auteur du « Manifeste du peuple algérien » (1943), fondateur de l'UDMA, il devient en 1958 le premier président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), puis, à l'indépendance, le premier président de l'Assemblée nationale constituante.

1899
Annee de naissance
Taher (Jijel) / Alger
Algérie
Petite Kabylie (Taher, Jijel)
Region d'origine
4
Lectures
Le portrait

Trajectoire

Enfance à Taher

Ferhat Abbas naît le 24 août 1899 à Taher, dans la Petite Kabylie (aujourd'hui wilaya de Jijel). Son père, Saïd Ben Ahmed Abbas, est un notable rural qui a fait carrière dans l'administration coloniale comme caïd, ce qui vaut à la famille une position enviée mais ambiguë. La fratrie compte douze enfants. Le jeune Ferhat effectue sa scolarité primaire à Djidjelli puis son enseignement secondaire au lycée Bugeaud d'Alger (aujourd'hui lycée Émir-Abdelkader).

Étudiant en pharmacie à la Faculté d'Alger de 1921 à 1932 (avec deux ans de service militaire dans le corps de santé), il obtient son diplôme et s'installe comme pharmacien à Sétif en 1933. Il y demeurera près de trente ans. Officine, café, mairie : la ville devient le laboratoire de son engagement politique.

Un « jeune Algérien » assimilationniste

Dans les années 1930, Ferhat Abbas s'inscrit dans le mouvement des « Jeunes Algériens », intellectuels et professionnels francophones qui réclament l'égalité des droits pour les musulmans dans le cadre de l'Empire français. Il fonde le journal L'Entente franco-musulmane et devient conseiller municipal de Sétif, puis conseiller général de Constantine et délégué à l'assemblée algérienne (Délégations financières).

En 1936, il publie dans La Défense son article devenu tristement célèbre : « La France, c'est moi », dans lequel il affirme, en cherchant en vain sa « nation algérienne » dans les cimetières et les registres, une identité française égalitaire. Cette prise de position sera abondamment retournée contre lui par ses adversaires nationalistes, notamment par Messali Hadj.

Le tournant du Manifeste (1943)

L'échec du projet Blum-Viollette en 1936, qui aurait accordé la pleine citoyenneté à environ 25 000 Algériens musulmans, marque la rupture de Ferhat Abbas avec l'assimilationnisme. La Seconde Guerre mondiale accélère cette évolution. Le 10 février 1943, il rédige et adresse aux autorités françaises et alliées le Manifeste du peuple algérien, cosigné par 56 personnalités musulmanes.

Le texte, jalon fondateur du nationalisme algérien moderne, dénonce le régime colonial et réclame l'application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la fin du régime de l'indigénat, l'égalité complète des droits, une réforme agraire et la reconnaissance de l'arabe comme langue officielle au même titre que le français. En mai 1943, il produit un Additif au Manifeste plus radical encore, qui demande la reconnaissance de l'existence d'un État algérien.

AML, UDMA et la marche vers l'indépendance

En mars 1944, il fonde avec Cheikh Ibrahimi les « Amis du Manifeste et de la Liberté » (AML), qui rassemblent brièvement les tendances nationalistes réformistes, oulémas et messalistes. La répression des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata du 8 mai 1945 — qui débutent dans sa propre ville, à quelques mètres de sa pharmacie — brise cette union. Ferhat Abbas, arrêté et incarcéré à Constantine pendant plus d'un an, sort transformé.

En 1946, il fonde l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), parti autonomiste et modéré qui obtient des résultats significatifs aux élections truquées de l'Algérie coloniale. Il siège comme député à l'Assemblée nationale française et à l'Assemblée algérienne, où il défend inlassablement une réforme d'ampleur qui ne viendra jamais.

Le ralliement au FLN (1956)

Le déclenchement de la lutte armée le 1er novembre 1954 le place dans une position difficile. Après avoir tenté un dernier compromis, il rejoint le FLN en avril 1956, à l'issue d'une entrevue clandestine au Caire. Ce ralliement d'une des figures les plus respectées du nationalisme algérien confère une crédibilité internationale décisive à l'insurrection.

Président du GPRA (1958-1961)

Le 19 septembre 1958, à Tunis et au Caire simultanément, le FLN proclame la formation du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA). Ferhat Abbas en est élu premier président. Pendant trois ans, il incarne diplomatiquement la révolution algérienne : reconnu par une quinzaine d'États, il obtient un statut d'observateur à l'ONU, effectue des tournées en Asie et en Amérique latine, prépare politiquement les négociations d'Évian.

En août 1961, il est remplacé à la tête du GPRA par Benyoucef Benkhedda, à la suite d'un conflit interne sur la conduite des négociations.

Président de l'Assemblée constituante (1962-1963)

Après l'indépendance, il est élu le 20 septembre 1962 premier président de l'Assemblée nationale constituante — équivalent du président du Parlement. Il démissionne dès août 1963, en désaccord avec Ahmed Ben Bella sur l'adoption d'une Constitution octroyée et sur la dérive autoritaire du régime. Assigné à résidence à Adrar, il est privé de ses droits civiques et progressivement effacé de l'histoire officielle.

L'écrivain et la dissidence tardive

Retiré à Kouba, il consacre ses dernières années à l'écriture. Il publie plusieurs ouvrages majeurs, dont La Nuit coloniale (Julliard, 1962), Autopsie d'une guerre (Garnier, 1980) et L'Indépendance confisquée (Flammarion, 1984). Cette dernière œuvre, cri d'alarme contre la dérive du pouvoir algérien, est immédiatement interdite en Algérie.

Mort et réhabilitation

Ferhat Abbas meurt à Alger le 24 décembre 1985, à l'âge de 86 ans. Il est enterré au cimetière d'El Alia. Officiellement réhabilité dans les années 1990, il fait aujourd'hui l'unanimité comme figure fondatrice de la République algérienne. L'université de Sétif porte son nom depuis 1988.

Enfance à Taher Ferhat Abbas naît le 24 août 1899 à Taher, dans la Petite Kabylie (aujourd'hui wilaya de Jijel). Son père, Saïd Ben Ahmed Abbas, est un notable rural qui a fait car...

Ferhat Abbas

Realisations

Ce qui l'a marque

1

Manifeste du peuple algérien (10 février 1943)

2

Fondateur de l'UDMA (1946)

3

Rallie le FLN en avril 1956

4

Premier président du GPRA (19 septembre 1958 - août 1961)

5

Premier président de l'Assemblée nationale constituante (1962-1963)

6

Auteur de La Nuit coloniale (1962) et L'Indépendance confisquée (1984)

L'indépendance politique n'est qu'un moyen pour parvenir à une renaissance véritable.

— Ferhat Abbas