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Portrait de Jugurtha

Photo : Wikimedia Commons — Domaine public

Jugurtha

Roi de Numidie, petit-fils de Massinissa. Fin stratège et diplomate, il défie Rome pendant sept ans dans la guerre qui portera son nom (112-105 av. J.-C.), corrompant méthodiquement le Sénat romain. Livré par trahison, il meurt de faim au Tullianum, la prison Mamertine.

Cirta (Constantine)
Algérie
Cirta / Constantine
Region d'origine
6
Lectures
Le portrait

Trajectoire

Naissance illégitime, éducation royale

Jugurtha naît vers 160 av. J.-C., fils naturel de Mastanabal — l'un des trois princes héritiers de Massinissa, fondateur de la Numidie unifiée. Sa mère, dont l'histoire ne conserve pas le nom, est une concubine berbère de la cour de Cirta (l'actuelle Constantine). En raison de son statut d'enfant illégitime, il est initialement écarté de la succession royale au profit de ses cousins Hiempsal et Adherbal, fils légitimes de son oncle Micipsa.

Micipsa, roi de Numidie de 148 à 118 av. J.-C., prend cependant en affection le jeune homme et l'élève à la cour. Selon Salluste, principal historien romain de sa vie, Jugurtha se distingue dès l'adolescence par son intelligence exceptionnelle, sa force physique et son habileté à la chasse. Devenu inquiet de la popularité grandissante de son neveu auprès des Numides, Micipsa décide de l'éloigner en l'envoyant, en 134 av. J.-C., à la tête d'un contingent auxiliaire lors du siège romain de Numance en Espagne.

L'école de Numance

Sous le commandement de Scipion Émilien, Jugurtha se forme aux arts militaires romains. Il se lie d'amitié avec plusieurs jeunes aristocrates, dont il découvrira plus tard la vénalité. Salluste rapporte cette phrase prophétique attribuée à Scipion à l'issue du siège : « À Rome, tout se vend. » Cette leçon guidera toute la politique ultérieure de Jugurtha.

À son retour à Cirta, Micipsa, cédant à la pression de l'entourage, adopte officiellement Jugurtha et le désigne comme cohéritier avec Hiempsal et Adherbal. À la mort du roi en 118 av. J.-C., les trois princes se partagent le royaume, mais la rivalité éclate immédiatement.

L'élimination des rivaux

Jugurtha fait assassiner Hiempsal à Thirmida dès 117 av. J.-C. Adherbal, réfugié à Rome, obtient une médiation du Sénat qui partage la Numidie en deux : la partie orientale et fertile revient à Adherbal, la partie occidentale et guerrière à Jugurtha. Le rusé Numide n'accepte ce partage que provisoirement : il attaque Adherbal en 112 av. J.-C., l'assiège dans Cirta puis, après cinq mois de résistance, s'empare de la ville et fait massacrer non seulement son cousin mais aussi les négociants italiens installés sur place — provocation directe envers Rome.

La guerre de Jugurtha (112-105 av. J.-C.)

Le massacre de Cirta déclenche la guerre. De 112 à 105 av. J.-C., pendant sept années, Jugurtha défie la première puissance méditerranéenne par une double stratégie : sur le terrain, une guérilla mobile qui exploite la connaissance intime du désert et du massif de l'Aurès ; à Rome, une corruption méthodique des sénateurs et des généraux envoyés contre lui. Convoqué à Rome en 111 av. J.-C. pour s'expliquer, il achète littéralement le silence des sénateurs.

La formule prononcée à son départ, rapportée par Salluste, restera célèbre : « Urbem venalem et mature perituram si emptorem invenerit » — « Ville à vendre, qui périra bientôt si elle trouve un acheteur. »

Les généraux romains successifs — Calpurnius Bestia, Aulus Postumius Albinus, puis Quintus Caecilius Metellus Numidicus — s'épuisent contre lui sans parvenir à le vaincre. Il faut attendre l'arrivée de Caius Marius, en 107 av. J.-C., pour que Rome renverse la vapeur. Marius, appuyé par son jeune questeur Lucius Cornelius Sulla, mène une campagne systématique et prend enfin l'ascendant.

La trahison de Bocchus

Acculé, Jugurtha se réfugie en 105 av. J.-C. auprès de son beau-père, le roi maure Bocchus Ier de Maurétanie. Sulla négocie personnellement avec Bocchus, l'amenant à trahir son gendre en échange de la reconnaissance romaine. Lors d'une entrevue qui devait sceller une paix, Jugurtha est capturé par surprise et livré enchaîné à Sulla — épisode que ce dernier fera graver sur une bague et une pièce de monnaie, en violation directe du protocole triomphal qui aurait dû revenir à Marius. La rivalité qui s'ensuivra entre Marius et Sulla ouvrira la voie aux guerres civiles romaines.

La fin au Tullianum

Ramené à Rome, Jugurtha est exhibé enchaîné le 1er janvier 104 av. J.-C. lors du triomphe de Marius. Selon Plutarque, il traverse le forum en récitant en latin approximatif : « Ô Rome, comme tes bains sont froids ! » Il est ensuite jeté dans la prison Mamertine (le Tullianum), une geôle souterraine sinistre où les ennemis d'État étaient traditionnellement étranglés. Le récit historique varie sur les modalités exactes de sa mort : Plutarque évoque une lente agonie par la faim et le froid pendant six jours, d'autres sources parlent d'étranglement rituel. Il meurt en 104 av. J.-C., à environ 56 ans.

Une postérité sans cesse ravivée

La Guerre de Jugurtha (Bellum Iugurthinum) de Salluste, écrite vers 41-40 av. J.-C., est le texte fondateur qui a transmis la mémoire du roi numide. Elle en fait à la fois un chef de guerre remarquable et un miroir tendu à la République romaine décadente. Au XIXe siècle, les intellectuels européens redécouvrent Jugurtha comme figure de la résistance des peuples autochtones à l'impérialisme. En 1911, le poète autrichien Rainer Maria Rilke lui consacre un poème.

Un héros national algérien

Dans l'Algérie contemporaine, Jugurtha est un symbole central du roman national. Sa figure orne des billets de banque, des timbres, des places (à Khenchela, à Souk-Ahras, à Constantine) et un lycée d'excellence à Alger. En 1968, le film algérien Jugurtha de Rachid Bouchareb marque une génération. Son nom est également porté par de nombreux enfants amazighs depuis les années 1970.

Naissance illégitime, éducation royale Jugurtha naît vers 160 av. J.-C., fils naturel de Mastanabal — l'un des trois princes héritiers de Massinissa, fondateur de la Numidie unifié...

Jugurtha

Realisations

Ce qui l'a marque

1

Unification de la Numidie par élimination successive de ses rivaux (118-112 av. J.-C.)

2

Sept années de résistance victorieuse face aux légions romaines

3

Corruption méthodique du Sénat romain (« Urbem venalem »)

4

Auteur du plus grave revers romain en Afrique jusqu'à Zama

5

Devient symbole du roman national algérien post-indépendance

Ville à vendre, qui périra bientôt si elle trouve un acheteur.

— Jugurtha