Une jeunesse antillaise sous le drapeau tricolore
Frantz Omar Fanon nait le 20 juillet 1925 a Fort-de-France, en Martinique, dans une famille de la classe moyenne noire. Eleve de l ecrivain Aime Cesaire au lycee Schoelcher, il s engage a dix-huit ans dans les Forces francaises libres, traverse l Atlantique et combat en Alsace en 1944. Blesse, decore de la Croix de guerre, il rentre marque par l ambivalence coloniale : mourir pour une France qui le considere comme un sujet de seconde zone.
Le psychiatre et l experience de l alienation
Apres-guerre, Fanon etudie la medecine puis la psychiatrie a Lyon. En 1952, il publie a vingt-sept ans Peau noire, masques blancs, essai foudroyant sur la nevrose coloniale et la construction raciale du sujet. En 1953, il est nomme medecin-chef a l hopital psychiatrique de Blida-Joinville, en Algerie. Il y revolutionne les methodes de soin, refuse la contention, ouvre les pavillons, et decouvre chez ses patients algeriens les stigmates cliniques de la colonisation.
L engagement dans la Revolution algerienne
Des le declenchement de l insurrection en novembre 1954, Fanon rejoint clandestinement le FLN. Il soigne des combattants la nuit, redige des tracts, forme des infirmiers. En 1956, il demissionne avec fracas de son poste dans une lettre restee celebre adressee au ministre-resident : il ne peut plus etre le complice d un systeme qui produit la folie. Expulse d Algerie en 1957, il devient a Tunis redacteur du journal El Moudjahid et ambassadeur itinerant du GPRA en Afrique.
Chaque generation doit dans une relative opacite decouvrir sa mission, la remplir ou la trahir.
Frantz Fanon, Les Damnes de la terre, 1961
Les Damnes de la terre et la mort
Atteint d une leucemie foudroyante, Fanon dicte en dix semaines Les Damnes de la terre, prefacee par Jean-Paul Sartre. Le livre parait a Paris en decembre 1961, quelques jours apres sa mort a Bethesda, aux Etats-Unis, ou il etait soigne. Il n a pas trente-six ans. Son corps est rapatrie et inhume au cimetiere des chouhada d Ain Kerma, en zone frontaliere, selon sa volonte : reposer en terre algerienne libre.
Une postrite planetaire
Traduit dans plus de vingt-cinq langues, Les Damnes de la terre a nourri les luttes de liberation des Black Panthers a la revolution iranienne, des mouvements palestiniens aux etudes postcoloniales americaines. En Algerie, Fanon est reste longtemps un heritage discret ; depuis les annees 2010, universitaires et cineastes reinvestissent sa pensee. Un boulevard de Blida porte son nom, ainsi qu un lycee de Ghardimaou en Tunisie.