L'enfant des Aït Yahia Moussa
Krim Belkacem naît le 15 décembre 1922 à Aït Yahia Moussa, dans le district de Draâ El Mizan, en Kabylie. Fils d'un caïd rallié à l'administration française, il fréquente l'école coloniale, obtient son certificat d'études et exerce brièvement comme employé aux impôts. En 1943, incorporé dans l'armée française, il combat en Italie et en France, où il découvre la contradiction d'un empire qui célèbre la liberté tout en la refusant à ses colonisés. Cette expérience va cristalliser son engagement.
Le maquisard de la première heure
Dès 1945, révolté par le massacre de Sétif, Guelma et Kherrata, il rejoint le PPA-MTLD. Condamné à mort par contumace en 1947 après avoir abattu un garde champêtre à Aït Yahia Moussa, il prend le maquis dans les crêtes du Djurdjura et n'en redescendra plus. Pendant près de dix ans, il incarne la résistance kabyle avant l'heure, formant les premiers noyaux de combattants qui deviendront l'ossature de l'ALN.
Le Congrès de la Soummam et l'ascension politique
Chef de la Wilaya III au déclenchement du 1er novembre 1954, il co-organise avec Abane Ramdane et Larbi Ben M'hidi le Congrès de la Soummam en août 1956, qui donne à la révolution ses structures politico-militaires. Membre du CCE puis du GPRA, il occupe successivement les portefeuilles des Forces armées, de l'Intérieur puis des Affaires étrangères. Il devient le principal négociateur algérien face à la France.
« Nous avons signé la paix, mais nous n'avons pas signé notre reddition. Ce papier est le certificat de naissance d'un État. »
— Krim Belkacem, après la signature des Accords d'Évian, mars 1962
Évian et l'indépendance
Le 18 mars 1962, à Évian-les-Bains, Krim Belkacem paraphe au nom du GPRA les accords qui mettent fin à cent trente-deux ans de présence française et ouvrent la voie au référendum d'autodétermination. À trente-neuf ans, ce fils de caïd devenu maquisard scelle de sa signature la naissance d'un État. Mais à l'été 1962, la crise entre le GPRA et le groupe de Tlemcen éclate. Ben Bella s'impose. Krim, marginalisé, entre en dissidence.
L'exil et l'assassinat
Écarté après 1962, puis condamné à mort par contumace sous Boumediene en 1969 pour avoir fondé le MDRA en exil, il vit à l'étranger sous la menace permanente. Le 18 octobre 1970, il est retrouvé étranglé dans une chambre d'hôtel à Francfort. L'enquête allemande conclura à un assassinat politique commandité, sans en désigner explicitement les auteurs. Rapatrié en 1984, il repose désormais au Carré des Martyrs d'El Alia. Son nom reste indissociable du drapeau qui flotta pour la première fois, libre, à Évian.