Un enfant de Constantine
Malek Bennabi nait le 1er janvier 1905 a Constantine, dans une famille modeste liee au monde des zaouias. Son enfance se partage entre la cite du Rocher et Tebessa, ou il est marque par la figure du grand-pere maternel, homme pieux et lettre. Eleve de l ecole francaise, puis de la medersa, il grandit dans la conscience aigue d un monde arabo-musulman en crise, incapable de repondre au defi de la modernite europeenne.
Ingenieur et exile parisien
Refuse a l Institut d etudes orientales de Paris pour son origine, il se rabat sur l Ecole speciale des travaux publics et devient ingenieur en electrotechnique. Ces annees parisiennes des annees trente sont decisives : il frequente l Association des Oulemas, discute avec Chekib Arslan, decouvre les cercles chretiens sociaux et lit avec passion Ibn Khaldoun et Toynbee. Il epouse une Francaise convertie, Paulette Philippon, qui l accompagnera toute sa vie.
Le concept de colonisabilite
De retour au pays, il publie en 1948 Les Conditions de la renaissance, ouvrage matriciel ou apparait son concept le plus celebre : la colonisabilite. Un peuple, ecrit-il, n est colonise que parce qu il est colonisable, c est-a-dire prive de ressort spirituel, moral et social. La liberation politique ne suffit pas ; il faut une revolution culturelle interieure. Le vocable fera couler beaucoup d encre et divise encore.
La colonisation n est pas la cause premiere de notre malheur, elle en est la consequence.
Malek Bennabi
Le Caire, Alger, la reconnaissance tardive
De 1956 a 1963, Bennabi s installe au Caire, ou il enseigne et publie une vingtaine d ouvrages en francais et en arabe : Vocation de l islam, Le Probleme des idees dans le monde musulman, Le Phenomene coranique. Rentre a Alger a l independance, il est nomme directeur de l enseignement superieur, puis conseiller pedagogique. Il tient chez lui, rue Larbi Ben M hidi, un salon intellectuel frequente par les etudiants qui deviendront les cadres du pays.
Une postrite mondiale
Malek Bennabi meurt a Alger le 31 octobre 1973. Longtemps eclipse par les debats ideologiques du parti unique, il est aujourd hui traduit en turc, en persan, en malais, en anglais, et lu de la Malaisie a la Turquie de l AKP comme un theoricien majeur du renouveau musulman non violent. Un pole universitaire lui est consacre a Constantine et une chaire porte son nom a l universite d Alger 2.