Un enfant des montagnes kabyles
Mohammed Arkoun nait le 1er fevrier 1928 a Taourirt-Mimoun, village perche du massif du Djurdjura, dans la tribu des Ait Yenni. Fils d un modeste commercant en epices, il grandit dans un monde ou coexistent le berbere, l arabe classique du village et le francais de l ecole coloniale. Cette triple appartenance linguistique deviendra la matrice de toute sa pensee : penser depuis les marges, refuser les evidences.
Formation et premieres armes universitaires
Boursier, il rejoint le lycee d Alger, puis la Sorbonne, ou il soutient en 1969 une these monumentale sur l humanisme arabe au IVe siecle de l Hegire autour de la figure de Miskawayh. Il devient l un des premiers universitaires d origine maghrebine a occuper une chaire d islamologie a la Sorbonne Nouvelle Paris III, poste qu il conservera de 1980 a 1993.
L islamologie appliquee, un chantier neuf
Arkoun invente une methode : l islamologie appliquee. Contre le confessionnalisme apologetique comme contre l orientalisme colonial, il propose de traiter le Coran, la Tradition et le patrimoine musulman avec les outils de l anthropologie, de la linguistique et de l histoire des mentalites. Il forge des concepts devenus classiques — le pense, l impense, l impensable dans les societes islamiques — et milite pour une raison emergente capable de dialoguer avec les modernites.
Il faut penser l islam dans le meme mouvement critique et historique que celui applique aux autres traditions religieuses.
Mohammed Arkoun
Un intellectuel dans les tempetes
Aux annees noires en Algerie, aux affaires du foulard en France, aux debats sur l Europe et l islam, Arkoun repond par la nuance et la rigueur. Il siege au jury du Prix Aga Khan d architecture, conseille l UNESCO, publie plus d une trentaine d ouvrages dont Lectures du Coran (1982), La Pensee arabe (1975) et Pour une critique de la raison islamique (1984). Ses cours a la Sorbonne attirent etudiants et curieux du monde entier.
Un heritage inacheve
Mohammed Arkoun s eteint le 14 septembre 2010 a Paris. Selon ses volontes, il est inhume au Maroc, a Casablanca. En Algerie, sa reconnaissance officielle demeure discrete, mais son oeuvre irrigue une generation de chercheurs qui, de Tizi Ouzou a Oran, poursuivent la tache immense qu il avait ouverte : desacraliser sans profaner, comprendre sans reduire.