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Portrait de Mohammed Dib

Photo : Manuscrit de Mohammed Dib — Wikimedia Commons

Littérature À la une

Mohammed Dib

Père fondateur du roman algérien de langue française. Auteur de « La Grande Maison » (1952), il ouvre la voie à toute une génération. Cinquante ans d'œuvre, du réalisme social au songe métaphysique, entre Tlemcen et l'exil.

1920
Annee de naissance
Tlemcen / La Celle-Saint-Cloud
Algérie / France
Tlemcen
Region d'origine
3
Lectures
Le portrait

Trajectoire

Une enfance de conteurs à Tlemcen

Mohammed Dib naît le 21 juillet 1920 à Tlemcen, l'ancienne capitale des Zianides, ville des jardins et des zaouïas. Sa famille appartient à la petite bourgeoisie citadine, ruinée par les crises économiques successives. Son père, tisserand, meurt lorsque Mohammed a onze ans. Sa mère lui transmet la mémoire orale des contes de la halqa tlemcenienne, l'imaginaire des djinns et des fées berbères.

Élève brillant à l'école indigène puis au collège colonial de Tlemcen, il apprend le français avec passion, découvre Verlaine, Baudelaire, Racine. Il commence à composer des poèmes à quinze ans.

Instituteur et journaliste

Élève-maître à l'école normale d'Oran, il devient instituteur à Zoudj Bghal, petit village frontière, puis à Aïn-Témouchent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé comme interprète, puis démobilisé en 1945.

Après-guerre, il exerce toutes sortes de métiers : dessinateur de tapis, comptable, employé au chemin de fer d'Alger-Oran. À partir de 1950, il devient journaliste au quotidien Alger-Républicain, dirigé par Henri Alleg. Il y côtoie Kateb Yacine, Malek Haddad, Emmanuel Roblès, Albert Camus jeune. Il publie ses premiers poèmes dans la revue Forge d'Alger.

La trilogie Algérie (1952-1957)

En 1952 paraît aux Éditions du Seuil La Grande Maison, roman social qui raconte le Tlemcen colonial des années 1930 à travers les yeux d'Omar, jeune garçon aux prises avec la faim, l'école française et l'éveil politique. Le livre reçoit le Prix Fénéon 1952. C'est un événement : jamais un romancier algérien n'avait donné à voir la vie populaire indigène avec cette précision documentaire.

Suivent L'Incendie (1954) — qui, quelques mois avant le 1er novembre, décrit la fermentation révolutionnaire des paysans — et Le Métier à tisser (1957). Cette trilogie, qui suit trois ans de la vie d'Omar, fonde le réalisme algérien de langue française.

L'exil et la rupture stylistique

En mai 1959, il est expulsé d'Algérie par les autorités françaises en raison de ses articles pro-nationalistes. Il s'installe en France, d'abord à Nogent-sur-Marne, puis à La Celle-Saint-Cloud où il vivra jusqu'à sa mort. Cet exil provoque une mutation profonde de son écriture.

Avec Qui se souvient de la mer (1962), roman onirique préfacé par lui-même où il cite Kafka, il abandonne le réalisme pour une prose visionnaire, hantée par la mémoire de la guerre. Suivent Cours sur la rive sauvage (1964), La Danse du roi (1968), Dieu en Barbarie (1970).

Le cycle nordique et la maturité

À partir de 1985, avec Les Terrasses d'Orsol, il ouvre un « cycle nordique » inspiré par ses voyages en Finlande, où il séjourne longuement. Le Sommeil d'Ève (1989), Neiges de marbre (1990) et L'Infante maure (1994) explorent l'exil, la neige, l'aphasie, le passage entre les langues.

« Écrire, c'est déchiffrer un rêve dont on ne sait plus rien. »

Reconnaissance tardive

Il reçoit en 1994 le Grand Prix de la Francophonie de l'Académie française — première fois qu'un écrivain maghrébin est ainsi distingué. En 1998, le Prix Mallarmé pour l'ensemble de son œuvre poétique. Il publie encore Comme un bruit d'abeilles (2001), essais, et Simorgh (2003), son dernier roman.

Mort et postérité

Il meurt le 2 mai 2003 à La Celle-Saint-Cloud, à quatre-vingt-deux ans. Selon sa volonté, il est inhumé au cimetière de La Celle-Saint-Cloud, en France. Un hommage national lui est cependant rendu par le président Bouteflika à Alger.

Il a publié trente-huit ouvrages traduits dans une quinzaine de langues. La Grande Maison figure au programme des collèges algériens depuis 1970. Le prix Mohammed Dib, décerné par l'Association culturelle La Grande Maison de Tlemcen, distingue chaque année un romancier de langue française. Assia Djebar, Boualem Sansal, Kamel Daoud le reconnaissent unanimement comme leur maître.

Une enfance de conteurs à Tlemcen Mohammed Dib naît le 21 juillet 1920 à Tlemcen, l'ancienne capitale des Zianides, ville des jardins et des zaouïas. Sa famille appartient à la pet...

Mohammed Dib

Realisations

Ce qui l'a marque

1

La Grande Maison (1952) — Prix Fénéon

2

Grand Prix de la Francophonie (1994)

3

Prix Mallarmé (1998)

Écrire, c'est déchiffrer un rêve dont on ne sait plus rien.

— Mohammed Dib