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Portrait de Mouloud Feraoun

Photo : Wikimedia Commons — Domaine public

Mouloud Feraoun

Instituteur puis écrivain kabyle, auteur du classique « Le Fils du pauvre » (1950). Assassiné par un commando de l'OAS à El Biar le 15 mars 1962, à trois jours du cessez-le-feu d'Évian. Son journal (1955-1962) reste l'un des témoignages les plus lucides de la guerre.

1913
Annee de naissance
Tizi Hibel / El Biar
Algérie
Kabylie (Tizi Hibel)
Region d'origine
4
Lectures
Le portrait

Trajectoire

Naissance à Tizi Hibel

Mouloud Feraoun naît le 8 mars 1913 dans le village de Tizi Hibel, dans le djebel Ith-Aïssi, en Kabylie centrale (actuelle wilaya de Tizi Ouzou). Son nom de famille véritable est Aït-Chabane ; « Feraoun » est le patronyme administratif attribué par l'état civil colonial à ses grands-parents, comme à des milliers de Kabyles à la fin du XIXe siècle. Il est l'aîné d'une fratrie de sept enfants dans une famille paysanne extrêmement modeste, marquée par la faim, l'émigration saisonnière du père en France et la survie précaire des femmes du village.

L'école, cette libération

Élève brillant à l'école primaire de Taourirt-Moussa, il obtient à quatorze ans, en 1928, une bourse pour l'École primaire supérieure de Tizi Ouzou. En 1932, il est admis à l'École normale d'instituteurs de Bouzaréah, à Alger. Il y devient le camarade de promotion d'un jeune homme originaire de Béjaïa nommé Emmanuel Roblès, qui deviendra son ami de toujours et l'éditeur de plusieurs de ses œuvres.

Diplômé instituteur en 1935, il retourne exercer dans sa Kabylie natale, à Taourirt-Moussa d'abord, puis à Fort-National (aujourd'hui Larbaâ Nath Irathen), puis à Taguemount-Azouz. Il enseigne le français à des générations d'enfants kabyles pour lesquels l'école reste le seul horizon d'ascension possible.

« Le Fils du pauvre » (1950)

Pendant la Seconde Guerre mondiale et l'immédiat après-guerre, il rédige un premier manuscrit largement autobiographique. Publié à compte d'auteur en 1950 aux éditions Cahiers du Nouvel Humanisme (Puy-en-Velay), Le Fils du pauvre raconte, à travers le personnage de Fouroulou Menrad, l'enfance d'un jeune Kabyle pauvre confronté à la faim, à la puissance des traditions et à l'espoir de l'école. Le livre, tiré à quelques centaines d'exemplaires, connaît un succès considérable au sein de la communauté enseignante algérienne et attire l'attention d'Albert Camus, qui devient l'un de ses correspondants les plus fidèles.

Repris en 1954 par les éditions du Seuil dans une version remaniée, Le Fils du pauvre devient un classique de la littérature maghrébine d'expression française et figure aujourd'hui au programme scolaire algérien.

Une œuvre d'ethnographe et de romancier

Suivent La Terre et le Sang (Seuil, 1953, Prix du Roman populiste 1953), fresque tragique d'un émigré kabyle de retour au village, puis Les Chemins qui montent (Seuil, 1957), portrait d'une jeunesse kabyle prise entre tradition et modernité. En 1953, il publie également ses Jours de Kabylie, recueil de textes ethnographiques sur les mœurs de son village. En 1960, il fait paraître une traduction française des Poèmes de Si Mohand-ou-Mhand, poète errant kabyle du XIXe siècle, opérant un travail pionnier de sauvegarde de la littérature orale amazighe.

L'homme dans la guerre

Quand éclate la guerre de libération en novembre 1954, Feraoun est directeur d'école à Fort-National. En 1957, il est muté à Alger comme inspecteur des Centres sociaux éducatifs créés par Germaine Tillion, structure d'éducation populaire destinée aux populations les plus démunies. Il n'adhère jamais formellement au FLN mais soutient la cause de l'indépendance. Il refuse également la brutalité aveugle : dans ses écrits, il condamne aussi bien la torture des paras que les exactions du FLN contre les populations civiles kabyles opposées à ses méthodes.

Son Journal 1955-1962, tenu clandestinement au jour le jour, constitue le témoignage le plus lucide et le plus poignant qui nous soit parvenu de l'intérieur de la société algérienne pendant la guerre. Il y consigne l'inquiétude quotidienne, la peur des rafles, la disparition d'amis, la conscience terrible d'appartenir à un monde qui s'écroule pour qu'un autre puisse naître.

Le 15 mars 1962

Le 15 mars 1962, à trois jours de la signature des accords d'Évian et six jours du cessez-le-feu, un commando de l'Organisation Armée Secrète (OAS) fait irruption dans les locaux des Centres sociaux à El Biar, sur les hauteurs d'Alger. Six inspecteurs, sélectionnés arbitrairement, sont alignés contre un mur et abattus à la mitraillette : trois Français (Marcel Basset, Robert Eymard, Salah Ould Aoudia — d'origine algérienne convertie au christianisme) et trois Algériens (Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Max Marchand). Mouloud Feraoun a 49 ans.

L'assassinat provoque une onde de choc considérable. Charles de Gaulle décrète un deuil national. La presse française — même conservatrice — condamne l'attentat. Une foule immense assiste aux obsèques à Tizi Hibel.

Publications posthumes

Son Journal 1955-1962 paraît chez Seuil en 1962, révélant à un large public la finesse d'analyse de l'écrivain-instituteur. Ses correspondances avec Emmanuel Roblès, Albert Camus, Jean Amrouche et Pierre Martel sont publiées progressivement à partir des années 1960 sous le titre Lettres à ses amis (Seuil, 1969). L'ensemble constitue l'un des corpus littéraires les plus précieux pour comprendre la mutation de l'Algérie coloniale vers l'indépendance.

Postérité

La maison natale de Feraoun à Tizi Hibel est aujourd'hui un lieu de mémoire. Un musée lui est dédié à Larbaâ Nath Irathen. De nombreux établissements scolaires portent son nom en Algérie et en France (notamment un collège à Bondy et un lycée à Alger). En 2013, le centenaire de sa naissance a fait l'objet de commémorations officielles à Alger et à Paris. Ses œuvres sont éditées en France par Seuil et en Algérie par ENAG et Talantikit.

Naissance à Tizi Hibel Mouloud Feraoun naît le 8 mars 1913 dans le village de Tizi Hibel, dans le djebel Ith-Aïssi, en Kabylie centrale (actuelle wilaya de Tizi Ouzou). Son nom de...

Mouloud Feraoun

Realisations

Ce qui l'a marque

1

Le Fils du pauvre (1950), classique de la littérature algérienne

2

La Terre et le Sang (1953), Prix du Roman populiste

3

Les Chemins qui montent (1957)

4

Journal 1955-1962, publié à titre posthume

5

Traduction pionnière des Poèmes de Si Mohand-ou-Mhand (1960)

6

Assassiné par l'OAS le 15 mars 1962, trois jours avant le cessez-le-feu

Je suis un instituteur kabyle, ni tout à fait français, ni tout à fait Arabe : je suis Algérien.

— Mouloud Feraoun