Enfance dans les Hauts Plateaux
Mohammed Lakhdar-Hamina nait le 26 fevrier 1934 a M Sila, ville des Hauts Plateaux setifiens. Son pere, militant nationaliste, est arrete pendant la guerre. Adolescent, il assiste aux massacres du 8 mai 1945 dont sa region est le theatre. Il obtient le baccalaureat a Alger puis part etudier l agronomie a Aix-en-Provence en 1954. Refusant d etre incorpore dans l armee francaise en 1958, il rejoint les rangs du FLN a Tunis.
La camera au service de la revolution
A Tunis, il participe a la creation du service cinema du GPRA, gouvernement provisoire de la Republique algerienne. Il part se former a la FAMU, la prestigieuse ecole de cinema de Prague, entre 1959 et 1961. Il tourne alors ses premiers reportages sur la guerre de liberation, diffuses par la Yougoslavie et les pays de l Est. En 1963, il rentre a Alger et devient l un des piliers du cinema algerien naissant.
Vent des Aures et premiere reconnaissance
En 1966, il realise Vent des Aures, drame d une mere paysanne cherchant son fils emprisonne par l armee francaise. Le film obtient a Cannes le Prix de la premiere oeuvre. En 1972, Decembre denonce la torture. Puis vient le grand oeuvre : Chronique des annees de braise, fresque de trois heures qui retrace la genese de la conscience nationale algerienne entre 1939 et le 1er novembre 1954, a travers le destin d un paysan.
J ai voulu montrer que la revolution n est pas nee un matin de novembre, mais qu elle a mis vingt ans a naitre dans le ventre du peuple.
La Palme d Or et l entree dans l Histoire
Le 23 mai 1975, la Palme d Or du 28e Festival de Cannes lui est remise par le jury preside par Jeanne Moreau. Chronique des annees de braise devient le premier film arabe et africain a decrocher la Palme, cinquante ans avant que le suivant ne le fasse. Le film sera reprojete en version restauree a Cannes Classics en 2016. En Algerie, il est devenu monument, projete a l ecole a chaque anniversaire de la revolution.
Un cinema d Etat, un cineaste discret
Il dirige l Office national pour le commerce et l industrie cinematographiques (ONCIC) de 1981 a 1984, puis se retire progressivement de la production. Il tourne encore Vent de sable (1982) et La Derniere image (1986). Son fils Malik Lakhdar-Hamina prolonge l aventure cinematographique familiale. En 2015, il recoit la medaille de commandeur de l Ordre du Merite national algerien. Il vit aujourd hui a Alger, discret, gardien d une memoire cinematographique unique dans le monde arabe.