L enfant du Djurdjura
Mouloud Mammeri nait le 28 decembre 1917 a Taourirt-Mimoun, village d Ait Yenni, dans la haute Kabylie. Fils d un amine, chef de village respecte, il grandit dans un monde ou les vieux disent encore par coeur les poemes de Si Mohand ou M hand. Envoye a onze ans au Maroc chez un oncle, il decouvre la France a travers ses lecteurs, revient au lycee Bugeaud d Alger, tente Louis-le-Grand a Paris, avant que la guerre ne l enrole en Italie et en Allemagne.
La Colline oubliee et le scandale
En 1952, il publie chez Plon La Colline oubliee, premier roman en francais consacre a un village kabyle. Le livre est salue par la critique parisienne, prix des Quatre Jurys, mais accuse en Algerie par certains nationalistes de complaisance ethnographique. Suivent Le Sommeil du juste (1955), L Opium et le baton (1965), roman de la guerre porte a l ecran par Ahmed Rachedi en 1969, et La Traversee (1982), fable amere sur la desillusion post-independance.
L anthropologue et le passeur
Directeur du Centre de recherches anthropologiques, prehistoriques et ethnographiques d Alger, Mammeri consacre l essentiel de son travail de chercheur a la culture berbere. Il edite en 1969 les Isefra, poemes de Si Mohand, publie une Grammaire berbere en 1976, une Anthologie de la poesie kabyle ancienne, et fonde en 1982 le CERAM a l universite Paris VIII. Il traduit Kateb Yacine en tamazight.
Une langue qui meurt, c est un morceau d humanite qui s en va.
Mouloud Mammeri
Tizi-Ouzou 1980, l etincelle
Le 10 mars 1980, il doit donner une conference sur la poesie kabyle ancienne a l universite de Tizi-Ouzou. Les autorites l interdisent au dernier moment. La reaction est immediate : greves des etudiants, manifestations, occupation de l universite. Le mouvement, reprime dans le sang le 20 avril, restera dans la memoire comme le Printemps berbere — Tafsut Imazighen — matrice de toutes les revendications identitaires ulterieures.
Une mort brutale, une renaissance
Mouloud Mammeri meurt le 26 fevrier 1989 dans un accident de voiture pres d Ain-Defla, en revenant d une conference au Maroc. Il a soixante et onze ans. Ses obseques a Taourirt-Mimoun rassemblent des dizaines de milliers de personnes. L universite de Tizi-Ouzou porte aujourd hui son nom, tout comme le prix litteraire du roman en tamazight cree apres l officialisation de la langue en 2016.