Origines à Thagaste
Aurelius Augustinus naît le 13 novembre 354 à Thagaste, cité berbère du royaume de Numidie devenue colonie romaine — l'actuelle Souk-Ahras, dans le Nord-Est algérien. Son père, Patricius, est un modeste décurion païen ; sa mère, Monique — canonisée par la suite —, est une chrétienne fervente d'origine numide. La famille parle latin à la maison mais l'enfant grandit au milieu des paysans qui s'expriment en libyque et en punique tardif.
Élève doué mais indocile, il déteste le grec, aime la rhétorique latine, dévore Virgile et Cicéron. Son père, ambitieux, économise sou par sou pour l'envoyer étudier à Madauros (actuel M'daourouch), puis à Carthage.
Formation à Carthage
De 371 à 375, il étudie la rhétorique dans la capitale africaine, alors deuxième ville de l'Empire. Il y vit une jeunesse orageuse : plaisirs, spectacles de théâtre, concubinage avec une femme dont on ignore le nom mais qui lui donne un fils, Adéodat, en 372. Il adhère à la secte manichéenne, qui séduit les esprits critiques par sa cosmologie dualiste.
La lecture de l'Hortensius de Cicéron, à dix-neuf ans, lui révèle la vocation philosophique. Il enseigne la rhétorique successivement à Thagaste, Carthage, puis Rome (383) et enfin Milan (384), où l'empereur Valentinien II lui offre la chaire officielle.
La conversion de Milan (386)
À Milan, il subit l'influence décisive d'Ambroise, l'évêque savant qui prêche un christianisme cultivé. En juillet 386, dans un jardin, il entend une voix d'enfant chantonner : « Tolle, lege » (« Prends, lis »). Il ouvre au hasard les épîtres de Paul et tombe sur un verset qui le foudroie. Le baptême a lieu la nuit de Pâques 387, en présence de Monique. Trois mois plus tard, sa mère meurt à Ostie sur le chemin du retour vers l'Afrique.
« Tard je t'ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée. »
Évêque d'Hippone (396-430)
De retour à Thagaste, il fonde une communauté monastique. En 391, il est ordonné prêtre puis, en 396, consacré évêque d'Hippone Regius — actuel Annaba —, port stratégique de la côte numide. Il occupera cette charge trente-quatre ans, prêchant, écrivant, arbitrant, défendant les paysans contre les grands propriétaires.
Il publie entre 397 et 401 les Confessions, autobiographie spirituelle sans précédent dans la littérature mondiale. De 413 à 426, il compose son grand œuvre philosophique, La Cité de Dieu, méditation sur l'histoire et la politique en réponse au sac de Rome par Alaric (410). Ses 232 livres, sermons et lettres — plus de cinq millions de mots conservés — font de lui l'auteur latin le plus prolifique de l'Antiquité.
Combats doctrinaux
Il combat trois hérésies successives : le manichéisme de sa jeunesse, le donatisme africain (schismatique et anticolonial dans son inspiration), et le pélagianisme (qui niait le péché originel). Ces polémiques fondent la théologie occidentale : notions de grâce, de prédestination, de libre arbitre, de guerre juste.
Fin de vie et siège d'Hippone
À l'été 430, les Vandales de Genséric, ayant traversé Gibraltar l'année précédente, mettent le siège devant Hippone. La ville est encerclée. Augustin, malade, refuse de fuir et demeure au chevet de ses fidèles. Il récite les Psaumes de la pénitence affichés au mur de sa chambre. Il meurt le 28 août 430, à soixante-quinze ans, quelques semaines avant que la ville ne tombe. Sa bibliothèque — miracle — est épargnée par les envahisseurs.
Postérité
Ses reliques, transportées en Sardaigne au VIe siècle puis à Pavie (Italie) par le roi lombard Liutprand vers 725, reposent aujourd'hui dans la basilique San Pietro in Ciel d'Oro. En 2001, l'Église envisagea une restitution symbolique d'un fragment osseux à l'Algérie, projet finalement écarté.
Augustin demeure — bien au-delà de l'Église — l'un des penseurs les plus lus au monde. Hannah Arendt, Jean-Luc Marion, Paul Ricœur ont consacré des travaux majeurs à sa philosophie du temps, de la mémoire et de la volonté. La basilique Saint-Augustin d'Annaba, érigée au XIXe siècle, domine encore aujourd'hui les ruines d'Hippone Regius.