Un enfant d Oulkhou
Tahar Djaout nait le 11 janvier 1954 dans le village d Oulkhou, commune d Azeffoun, sur la cote kabyle. Fils d un ouvrier emigre a Paris, il grandit tirailld entre le silence d un pere absent et la parole des femmes du village. Il ecrit ses premiers poemes au lycee Okba d Alger et rejoint l universite d Alger pour y etudier les mathematiques, avant de bifurquer vers les sciences de l information.
La rue et le poeme
Journaliste des vingt ans a Algerie-Actualite, Djaout impose une signature reconnaissable : phrase courte, ironie douce, refus des slogans. Il publie ses premiers recueils — Solstice barbele (1975), L Arche a vau-l eau (1978) — dans une Algerie qui ne lit plus assez ses poetes. Il traduit en francais Jean Amrouche et Mouloud Mammeri, et milite pour une reconnaissance pleine de la culture berbere.
Le romancier et l enfant du desert
Avec Les Chercheurs d os (1984), il donne l un des romans majeurs de sa generation : un adolescent traverse le pays a la recherche des ossements de son frere aine, tombe au maquis. Le livre obtient le prix Mediterranee. Suivront L Invention du desert (1987) et Les Vigiles (1991), fresques ou la memoire s effrite sous l ideologie officielle. Chaque livre est un examen de conscience adresse a un pays qui refuse de se regarder.
Le silence, c est la mort. Si tu parles, tu meurs ; si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs.
Tahar Djaout
Le journal Ruptures et la balle
Au debut de 1993, Djaout co-fonde l hebdomadaire Ruptures, tribune libre face a la montee de l integrisme. Trois numeros paraissent. Le 26 mai 1993, en descendant garer sa voiture devant chez lui, a Baintou-Ezzouar, il est abattu de deux balles dans la tete par un jeune homme envoye par le GIA. Il agonise sept jours a l hopital et meurt le 2 juin 1993. Il avait trente-neuf ans, une femme et trois filles.
Un symbole qui n a pas cede
Son assassinat inaugure la longue liste des intellectuels tues pendant la decennie noire : Alloula, Boucebci, Liabes, Sebti, Yefsah. Le nom de Djaout est devenu synonyme du refus intellectuel. Un prix litteraire, un boulevard a Alger, plusieurs bibliotheques et le lycee de Tizi-Rached portent son nom. Le Dernier Ete de la raison, roman inacheve retrouve dans son ordinateur, est publie a titre posthume en 1999.