Une fille de militant a Puteaux
Warda Ftouki nait le 22 juillet 1939 a Puteaux, en region parisienne. Son pere, Mohamed Ftouki, originaire de Souk Ahras, tient le Tam-Tam, cabaret oriental de la rue de la Huchette qui devient dans les annees 1950 un lieu de rendez-vous des militants du FLN. Sa mere est libanaise. Enfant precoce, elle chante des 9 ans dans le cabaret familial, remarquee par les grands musiciens arabes de passage.
Le rossignol de la revolution
En 1951, a 11 ans, elle enregistre son premier titre Ya habibi ya moudjahid (O mon aime combattant), hymne aux resistants algeriens. La chanson circule sous le manteau et lui vaut la surveillance de la police francaise. Le Tam-Tam est ferme en 1958 apres perquisition ; la famille est expulsee vers Beyrouth. Warda y poursuit sa formation vocale et debute une carriere professionnelle a la radio libanaise.
Le triomphe egyptien
En 1961, Gamal Abdel Nasser en personne l invite au Caire pour interpreter Al Watan al Akbar (La Grande Patrie), oratorio panarabe compose par Mohamed Abdel Wahab. Warda a 22 ans et fait la premiere partie d Abdel Halim Hafez, Sabah, Fayza Ahmed et Chadia. Sa voix ample, son phrase impeccable en arabe classique et sa presence scenique la propulsent immediatement au premier rang.
L amour avec Baligh Hamdi
En 1972, elle epouse le compositeur egyptien Baligh Hamdi, qui ecrit pour elle ses plus grands succes : Batwannes bik, Haramt ahebbak, Fi youm w leila, Loulet el hob. Le mariage dure onze ans et donne au monde arabe une soixantaine de chansons devenues classiques. Ses concerts au Cairo Opera House, au Festival de Carthage et a l Olympia de Paris affichent complets.
Je suis Algerienne par mon pere, Libanaise par ma mere, Egyptienne par mon art, mais avant tout je suis arabe.
Retour a l Algerie et heritage
Elle chante regulierement en Algerie a partir de 1962, mais s installe definitivement au Caire. En 2012, elle prepare une tournee pour les cinquante ans de l independance algerienne. Elle meurt d une crise cardiaque le 17 mai 2012 dans son appartement du Caire, a 72 ans. Le president Bouteflika decrete un deuil national. Sa depouille est ramenee a Alger et inhumee au cimetiere d El Alia, aupres des grands de la nation. Elle laisse plus de 300 chansons enregistrees et un statut unique : celui de la seule chanteuse maghrebine a avoir regne sur la chanson arabe classique.