Il s'appelle Ahmed Zahana, dit Zabana. Né le 2 février 1926 à Saint-Lucien, un village de colonisation près de Zahana, dans le département d'Oran (aujourd'hui commune de Zahana, wilaya de Mascara), il est le quatrième d'une fratrie de onze enfants d'une famille paysanne modeste. Enfant intelligent, il obtient son certificat d'études primaires à l'école indigène du village. Mais l'école coloniale ne lui offre pas de perspectives : à 15 ans, il devient apprenti ferblantier à Oran.

De l'apprenti à l'organisateur

En 1946, à 20 ans, il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA), devenu clandestin depuis Vichy. Il est repéré pour ses qualités d'organisateur et rejoint en 1947 l'Organisation Spéciale (OS), branche paramilitaire du MTLD nouvellement créée par Hocine Aït Ahmed et Mohamed Belouizdad. Il participe à la préparation de plusieurs attaques d'armes qui alimenteront les futurs maquis.

Arrêté une première fois en 1950 lors du démantèlement partiel de l'OS, il est condamné à 5 ans de prison et incarcéré à la centrale d'Oran, puis transféré en France. Amnistié en 1952, il retourne en Algérie et reprend immédiatement le combat clandestin, cette fois au sein de la petite équipe qui prépare l'insurrection dans l'Oranie.

Le 1er novembre 1954 en Oranie

Lorsque éclate la révolution le 1er novembre 1954, Ahmed Zabana est chef de région dans la wilaya V (Oranie), sous l'autorité de Larbi Ben M'hidi. Il participe personnellement à l'attaque de la ferme Guillaume à Ghar Boudjelida, dans le djebel Bou Kanefis, l'une des trente attaques simultanées de la « Toussaint rouge ».

Le 8 novembre 1954, à peine une semaine après le déclenchement, il est grièvement blessé lors d'un accrochage avec une patrouille française près de Ghar Boudjelida. Capturé, transféré à l'hôpital militaire d'Oran puis à la prison de Barberousse (aujourd'hui Serkadji) à Alger, il est jugé par un tribunal militaire.

Un procès expéditif

Le procès s'ouvre en février 1956. Aux termes du décret Mitterrand du 1er avril 1955 instituant l'état d'urgence, puis surtout de la loi des « pouvoirs spéciaux » votée le 16 mars 1956 par la Chambre à majorité socialiste, la France a considérablement étendu les compétences de la juridiction militaire d'exception en Algérie. Ahmed Zabana est condamné à mort pour « rébellion armée » et « meurtre » (les tués français lors de l'attaque du 1er novembre). Son avocat, maître Pierre Popie, fait appel et introduit un recours en grâce auprès du président René Coty.

Le refus de la grâce

Le gouvernement Guy Mollet, en pleine « guerre à outrance » depuis la « journée des tomates » d'Alger (6 février 1956) qui a vu le nouveau ministre-résident Robert Lacoste durcir sa position, refuse la grâce. Ce refus est un tournant : jusque-là, aucun militant du FLN n'avait été guillotiné, malgré 40 condamnations à mort prononcées depuis novembre 1954. La décision est prise au plus haut niveau de l'État français, avec l'assentiment du président Coty.

19 juin 1956, 4h50

À l'aube du 19 juin 1956, dans la cour de la prison Barberousse d'Alger, Ahmed Zabana est conduit à la guillotine. Il aurait crié, selon les témoignages : « Tahia El Djazair ! Vive l'Algérie ! ». Quelques minutes plus tard, à la même heure, Abdelkader Ferradj, un autre militant FLN condamné à mort, subit le même sort. L'exécution est communiquée à la presse dans la matinée.

L'engrenage des attentats urbains

La réaction du FLN est immédiate. Le Comité de Coordination et d'Exécution, réuni en urgence à Alger, décide de riposter par une campagne systématique d'attentats urbains contre les Européens d'Algérie. Yacef Saâdi, chef militaire de la Zone Autonome d'Alger, lance dès le 21 juin 1956 une première vague : trois nuits d'attentats contre les débits de boissons européens du centre d'Alger font 49 morts et près de 200 blessés. L'engrenage de la Bataille d'Alger est enclenché — il culminera en janvier 1957 avec l'attaque du Milk Bar et de la Cafétéria.

Postérité

La ville de Saint-Lucien est rebaptisée Zahana en 1963 (en son honneur — l'orthographe officielle diffère légèrement de son nom de guerre). L'hôpital universitaire d'Oran porte son nom depuis 1979. Un musée national Ahmed Zabana, situé à Oran, présente depuis 1986 les archives et objets personnels du martyr. Chaque année, le 19 juin est officiellement commémoré comme « Journée nationale du moudjahid » — journée devenue férié national par le décret n° 89-24 du 25 février 1989. Sa figure incarne le premier maillon d'une chaîne de « chouhada » qui, entre 1956 et 1962, verra 222 militants FLN et MNA guillotinés par la France en Algérie.

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