Le 6 février 2015, Assia Djebar s'éteignait à Paris à l'âge de 78 ans. Une décennie plus tard, l'œuvre de Fatima-Zohra Imalayène — son nom de naissance — est aujourd'hui étudiée dans les universités de Berlin à Berkeley, traduite dans 21 langues et régulièrement citée parmi les héritages majeurs du roman francophone.

La percée précoce

Née le 30 juin 1936 à Cherchell, ancienne Iol Caesarea des Numides, Fatima-Zohra Imalayène est en 1955 la première Algérienne musulmane admise à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres. À 20 ans, elle publie chez Julliard La Soif, salué comme une révélation. Elle prend le pseudonyme d'Assia Djebar — deux mots arabes qu'elle traduira par « consolation » et « intransigeance divine ».

Le silence, puis le retour

Après Les Enfants du nouveau monde (1962) et Les Alouettes naïves (1967), elle observe un silence littéraire volontaire de plus de dix ans, se consacrant à l'enseignement de l'histoire à Alger et à la réalisation de deux films — La Nouba des femmes du mont Chenoua (Prix international de la critique à Venise 1979) et La Zerda ou les chants de l'oubli (1982). Son retour au roman en 1985 avec L'Amour, la fantasia (éditions Jean-Claude Lattès) inaugure ce qu'elle appellera son « quatuor algérien », méditation sur l'écriture, la voix féminine et l'histoire coloniale.

L'Académie française

Le 16 juin 2005, elle est élue au fauteuil numéro 5 de l'Académie française par 16 voix sur 22, succédant à Georges Vedel. Elle devient la première écrivaine algérienne, la première Maghrébine et la cinquième femme jamais élue sous la Coupole. Son discours de réception du 22 juin 2006 rend hommage à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor et thématise le rapport de l'écrivain francophone à la langue héritée.

L'héritage en 2026

Dix ans après sa mort, l'université Sorbonne Nouvelle a inauguré en 2024 le « Fonds Assia Djebar », qui regroupe manuscrits, correspondances (notamment avec Jean-Claude Lattès et Antoine Gallimard) et notes préparatoires. Une biographie de référence, Assia Djebar, une femme, une œuvre, signée Amel Chaouati, a paru chez Karthala en 2023. En Algérie, l'université de Constantine a créé en 2020 une chaire de littérature francophone qui porte son nom.

Une voix intranquille

L'héritage littéraire de Djebar tient à un geste d'écriture unique : chercher à faire entendre la voix des femmes musulmanes maghrébines, longtemps assignées au silence des cours intérieures, en réconciliant la langue de l'ancien colonisateur avec la mémoire orale de sa propre lignée. « Nous, femmes du Maghreb, prendrons parole comme si nous respirions », écrivait-elle. Cette phrase est devenue, en dix ans, l'un des marqueurs fondamentaux de la littérature-monde francophone.

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