ALGER — L'un des paradoxes les plus discutés de la société algérienne de 2026 tient dans la coexistence de deux dynamiques apparemment contradictoires : une amélioration progressive des indicateurs officiels de l'emploi et un maintien à haut niveau de la pression migratoire des jeunes vers l'Europe. Dans un pays où plus de la moitié des 45 millions d'habitants ont moins de 30 ans, la question de la jeunesse est devenue un enjeu politique central.

Un chômage officiel en repli

Selon les données publiées par l'Office national des statistiques, le taux de chômage global a reculé à environ 12 % en 2025, contre 15 % en 2020. Le chômage des jeunes de 15 à 24 ans reste toutefois nettement plus élevé, aux environs de 30 %, avec une forte disparité entre les régions du littoral et celles du sud du pays.

Le gouvernement met en avant les dispositifs de soutien à l'auto-emploi, la relance des grands chantiers d'infrastructure et l'ouverture, depuis 2023, de plusieurs zones industrielles dédiées à la mécanique, la pharmacie et l'agroalimentaire. Ces politiques ont contribué à créer, selon les autorités, plusieurs centaines de milliers d'emplois formels au cours des deux dernières années.

Le maintien du phénomène harraga

Ces chiffres ne suffisent pas à endiguer la migration irrégulière. Les harraga, littéralement « ceux qui brûlent » leurs documents d'identité, continuent de tenter la traversée de la Méditerranée occidentale à bord d'embarcations de fortune. Les autorités algériennes indiquaient déjà avoir intercepté près de 4 800 candidats en 2023. Les chiffres publiés par les autorités espagnoles pour les débarquements sur les côtes des Baléares et de la péninsule confirment que les ressortissants algériens figurent, depuis plusieurs années, parmi les premières nationalités concernées.

Les racines d'un malaise

Les causes du phénomène combinent facteurs économiques et facteurs politiques. Le coût de la vie, la difficulté d'accès au logement pour les jeunes couples et la faiblesse des débouchés qualifiés dans certaines filières universitaires nourrissent un sentiment d'impasse. À cela s'ajoute une perception, largement documentée par la sociologie académique, d'un espace civique restreint et d'une hiérarchisation sociale peu perméable à la promotion par le mérite.

La bourgeoisie diplômée aussi concernée

Le profil sociologique de l'émigration s'est modifié. Aux jeunes des quartiers populaires du littoral s'ajoutent désormais des étudiants et des jeunes diplômés, notamment en médecine, informatique et ingénierie, qui empruntent les canaux réguliers du visa étudiant, du regroupement familial ou du recrutement direct par des employeurs européens. Le taux d'attractivité des filières médicales françaises et allemandes en direction des diplômés algériens a fait l'objet de plusieurs alertes de la part du corps médical local.

Un défi politique de long terme

La réduction durable de la pression migratoire suppose des politiques croisées : amélioration de la qualité de l'emploi, ouverture des mobilités professionnelles à l'étranger dans un cadre régulé, réforme des dispositifs d'accès au logement et renforcement de la représentation politique des jeunes. Aucune de ces briques ne peut être traitée isolément, et toutes s'inscrivent sur un horizon de plusieurs législatures.

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