Il naît le 31 octobre 1926 à Tassaft-Ouguemoun, un petit village accroché aux flancs du massif du Djurdjura, dans la commune de Beni Yenni, en Kabylie centrale. Amirouche Aït Hamouda est le fils de Sidi Ahmed Aït Hamouda, cultivateur, et de Zahra Hamdad. Éduqué à l'école coranique du village puis à l'école française de Michelet (aujourd'hui Aïn El Hammam), il obtient son certificat d'études primaires en 1939. Une bourse pour le lycée français lui est refusée en raison de son origine musulmane.

De l'usine à la militance

Contraint d'émigrer en France pour survivre, il travaille à partir de 1943 dans plusieurs usines de la région parisienne (Renault-Billancourt, La Villette, Levallois-Perret). C'est là qu'il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA) clandestin, dès 1945, sous l'influence de son beau-frère Ali Aya. Il devient un militant reconnu de l'immigration algérienne à Paris, participant à la structuration des cellules ouvrières, à la collecte de fonds et à la diffusion de la presse clandestine.

Le retour et la clandestinité

Rentré en Algérie en 1949, il tient une petite bijouterie à Relizane et poursuit son militantisme au sein du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), successeur du PPA. Arrêté à plusieurs reprises entre 1950 et 1954 pour activités subversives, il est fiché par les Renseignements généraux comme « éléments particulièrement dangereux ». Lorsque la révolution éclate le 1er novembre 1954, il est déjà membre de l'Organisation Spéciale (OS), branche paramilitaire du MTLD.

L'ascension dans la wilaya III

En avril 1955, il rejoint le maquis de la wilaya III (Kabylie) sous les ordres de Krim Belkacem, l'un des six chefs historiques du 1er novembre. Il monte rapidement en grade : chef de la mintaqa 3 (secteur), puis, après le Congrès de la Soummam d'août 1956, adjoint de Mohammedi Saïd à la tête de la wilaya III. Lorsque Krim quitte la Kabylie pour rejoindre le Comité de Coordination et d'Exécution (CCE), Amirouche prend en 1957 le commandement effectif de la région, avec le grade de colonel — le plus élevé dans la hiérarchie de l'ALN.

La bataille d'Agounnif (mars 1957)

Une des batailles emblématiques du colonel Amirouche se déroule à Agounnif, dans la région de Sidi Aïch, les 22-24 mars 1957. Face à un dispositif français de 3 500 hommes appuyés par l'aviation, les 300 moudjahidines d'Amirouche tiennent leurs positions et infligent aux troupes du général Salan environ 200 tués et blessés, contre 50 pertes propres. La bataille devient un symbole de la capacité de la wilaya III à contenir l'offensive coloniale malgré la disproportion des moyens.

Un chef controversé : « la bleuite »

L'un des épisodes les plus douloureux de son commandement demeure l'affaire dite de « la bleuite » : entre 1958 et début 1959, le SDECE (services de renseignement français) et le capitaine Paul-Alain Léger orchestrent une vaste opération d'intoxication en faisant passer pour des agents doubles infiltrés plusieurs cadres FLN captés puis retournés en France (les « bleus », en référence aux vêtements de la Cité universitaire d'Alger). Amirouche, convaincu que la wilaya III est truffée d'espions, ordonne l'interrogatoire et l'exécution d'un nombre encore débattu de cadres — les estimations les plus prudentes évoquent plusieurs centaines de victimes, principalement des jeunes intellectuels rejoints au maquis. Cet épisode, longtemps tabou, a été rouvert par l'historien Saïd Sadi dans son ouvrage Amirouche : une vie, deux morts, un testament (L'Harmattan, 2010).

Le djebel Thameur (mars 1959)

Le 28 mars 1959, en compagnie du colonel Si El Haouès (chef de la wilaya VI, Sahara), Amirouche tente de rejoindre Tunis pour participer à une réunion du GPRA. Trahis, ils tombent dans une embuscade à Djebel Thameur, près de Bou Saâda, tendue par le sous-groupement du colonel Bigeard. Après un combat de plusieurs heures, ils sont tués — Amirouche a 32 ans. Selon le récit officiel français, transmis par le général Challe, leur mort est saluée par le président de Gaulle en Conseil des ministres du 8 avril 1959 : « Nous avons abattu deux colonels ».

L'occultation de leurs dépouilles

Un épisode particulièrement sombre marque la mémoire des deux colonels. Leurs corps, transférés à Alger puis à Constantine, sont ensuite « oubliés » pendant plus de vingt ans dans des locaux militaires français. Ce n'est qu'en 1984 que le président Chadli Bendjedid ordonne le rapatriement et l'inhumation officielle de leurs dépouilles au carré des Martyrs du cimetière d'El Alia. Cette dissimulation prolongée a longtemps alimenté la controverse.

Héritage et lecture contemporaine

Le colonel Amirouche demeure aujourd'hui l'une des grandes figures militaires de la révolution algérienne, particulièrement en Kabylie où il est l'objet d'une vénération quasi-mystique. L'aéroport de Sétif porte son nom, une statue équestre lui a été érigée à Aïn El Hammam en 2009, et un mausolée à Tassaft-Ouguemoun est visité chaque année par des milliers de personnes. Son itinéraire — de l'usine parisienne au commandement d'une wilaya, en passant par les dérives tragiques de la bleuite — reste un cas d'école pour tous ceux qui étudient l'histoire de la révolution algérienne dans sa complexité vécue.

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