ALGER — L'évolution du droit des femmes en Algérie connaît, depuis 2025, une série d'ajustements réglementaires qui relancent le débat sur une éventuelle refonte plus large du code de la famille, texte adopté en 1984 et amendé partiellement en 2005. Les associations féministes saluent certaines avancées symboliques tout en soulignant leur portée limitée en l'absence de réforme d'ensemble.
Cinq mois de congé maternité
La réforme la plus visible reste l'extension du congé maternité à cinq mois payés, entrée en vigueur en 2025. Cette mesure aligne partiellement l'Algérie sur les standards internationaux et concerne aussi bien les salariées du secteur public que celles du secteur privé. Les associations féministes reconnaissent une avancée majeure, tout en pointant les conditions d'accès qui restent restrictives pour certaines catégories, notamment les femmes en contrats précaires.
La levée d'une réserve à la CEDAW
En août 2025, les autorités algériennes ont annoncé la levée d'une réserve à la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), signée par le pays depuis 1996. Cette annonce a été saluée par les organisations des droits humains, mais son effet juridique concret dépend des textes d'application et de leur transposition dans le droit interne.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a immédiatement plaidé pour aller plus loin en remplaçant le code de la famille par « un code civil égalitaire et moderne ». Cette proposition, portée par plusieurs associations et personnalités indépendantes, ne fait pas consensus au sein de la classe politique.
Une mobilisation étatique sur les violences
En novembre 2025, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes, l'État algérien a affiché une mobilisation inédite. La ministre de la Solidarité et le garde des Sceaux Lotfi Boudjemaa ont présenté de nouvelles mesures, dont un renforcement des dispositifs d'écoute, une meilleure prise en charge des victimes et un effort de production statistique sur les féminicides.
Une architecture juridique inchangée sur le fond
Le texte de 1984, malgré ses aménagements, continue d'organiser un droit familial différencié selon les sexes en matière de mariage, de succession, de garde des enfants et de dissolution du mariage. Les critiques les plus fréquentes portent sur le régime du tuteur matrimonial (wali), sur la répartition inégale des parts successorales et sur les difficultés pratiques d'exécution des pensions alimentaires.
Un débat qui structure l'agenda public
Pour les mouvements féministes, les ajustements annoncés en 2025-2026 restent insuffisants sans un rapport CEDAW actualisé, une réforme d'ensemble du code et une participation effective de la société civile. Le débat, longtemps confiné aux cercles militants, s'ouvre aujourd'hui à des acteurs académiques et médiatiques plus larges, sans que l'exécutif ne se soit prononcé sur un calendrier de refonte. Le sujet devrait s'inviter à l'ordre du jour de la nouvelle Assemblée populaire nationale.
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